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“Le Financement de la croissance technologique en Afrique : les investisseurs ont la parole”

“Le Financement de la croissance technologique en Afrique : les investisseurs ont la parole”

11
Fév 2020

Mercredi 4 décembre – Jour 1 – Plénière 2 – Auditorium, thecamp – 10h15 – 11h25 Modération par Jérémy HAJDENBERG, Directeur Général Adjoint Investissements – I&P, Membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique d’Emmanuel MACRON

 

Panélistes :

  • Johann CHOUX – Responsable de la division Venture Capital – Proparco
  • Pierre FAUVET– Directeur de Participations – Creadev
  • Erick YONG – Co-fondateur GreenTec Capital – Allemagne
  • Bosun TIJANI – Fondateur du CcHub & Membre du Board Africa Europe Innovation Partnership- Nigéria

Mise en contexte

En 2018, les startups africaines ont dépassé le seuil symbolique du milliard de $ levé auprès d’investisseurs toujours plus nombreux et toujours plus spécialisés. Les enseignements du rapport de Partech Africa sont ainsi éclairants sur plusieurs très bonnes nouvelles pour le secteur : premièrement, c’est le développement rapide des levées de Growth (phénomène nouveau et en croissance de 100% par rapport au cru 2017); ensuite, c’est le rythme encore accéléré observé sur les levées en Séries A et B, qui progressent de 46% en 2018 ; enfin, ce sont les volumes concernés, qui dévoilent que non seulement les start-up sont plus nombreuses à lever des fonds (146 en 2018 contre 124 en 2017) mais les montants levés ont eux aussi doublé (1,16 milliard contre 560 millions l’an passé). Face au désengagement du système bancaire, le secteur a su attirer sa propre offre grâce à l’avènement des Venture-Capitalists, des Business Angels et autres Fonds d’investissements dédiés à l’Afrique. On observe ainsi les premières mutations du secteur, avec une concentration embryonnaire et une spécialisation croissante des acteurs de la finance technologique africaine. L’autre marqueur de l’année 2019 en la matière est ainsi le rachat du kenyan iHub par le CcHUB nigérian, donnant naissance à une superstructure d’accompagnement africaine, figure de proue des plus de 600 Tech Hubs que compte le continent. Mais faut-il pour autant s’enorgueillir de ces avancées, quand la Chine et les États-Unis attirent à eux-seuls chacun plus de 70 milliards $ des capital-risqueurs chaque année ? En plus de volumes structurellement faibles, l’investissement dans la tech africaine reste cantonné à de rares pré-carré, tandis que 3 pays - Kenya, Nigéria et Afrique du Sud - totalisent 77% des investissements et que la FinTech, élargie à l’inclusion financière, rafle pour sa part 50% de la mise, toujours selon Partech. Cette extrême polarisation thématique et géographique entraine avec elle d’autres écueils, tels que le fossé d’attractivité entre Afrique anglophone et francophone (seulement 54,3 millions levés pour la zone francophone, qui accuse même un léger recul sur 2017 quand le reste du marché a doublé sur la période), les « Missing Middle » - ou la difficulté de développer ETI et PME - ou encore la rareté de l’entrepreneuriat féminin. Une des clés des nombreux défis à venir pour le financement de la croissance technologique sur le Continent passera sans doute dans la maturation de l’écosystème, avec le passage à l’échelle des startups d’aujourd’hui en PME, avant de devenir les géants africains de demain, à même d’entrainer dans leur sillage l’offre de financement et les économies locales. Voici la vision et les réalités du terrain, vus par les acteurs de l’investissement :

Prises de parole

Le venture-building, une combinaison d’appui financier et opérationnel

Cofondateur de GreenTec Capital, Erick YONG a ouvert la séquence en détaillant le fonctionnement de son Fonds : première structure allemande d’investissement dans les startup africaines. Spécialisée dans la période dite « vallée de la mort », cette dernière a développé un modèle d’investissement, le venture building, qui est une combinaison d’appui financier et opérationnel. L’objectif est de permettre aux structures accompagnées – qui sont post-revenus – de se restructurer pour accéder à de nouveaux financements. La définition du post-revenu selon GreenTec correspond à une société qui a déjà vendu, avec une base de donnée clients démontrable. Ils identifient ensuite des experts qui vont aider au jour le jour ces sociétés dans leurs opérations.

 

 

« On est spécialisés dans l’espace de la vallée de la mort, avec un modèle d’investissement dit venture-building : une combinaison d’appui opérationnel et d’apport financier » E.Yong

 

 

 

 

Pas uniquement des profits, mais des solutions sociales

C’est ensuite Bosun TIJANI, Fondateur du CcHub nigérian et membre du board Africa Europe Innovation Partnership, qui a définit son modèle : construire un écosystème solide, en investissant dans des sociétés qui ne font pas seulement des profits mais qui apportent des solutions à des problèmes sociaux. Le CcHub recherche des nouvelles manières de produire des solutions efficaces. C’est donc un travail de fonds, puisque Bosun précise que la plupart des structures vont péricliter en cours de route. C’est la capacité à monter en compétences et à faire monter en compétence qui intéresse le nigérian. À ses yeux, l’approche en portfolio est également cruciale, et si beaucoup de ses startups ne trouveront pas nécessairement de VCs, elles sont complémentaires les unes des autres. Selon lui, ce sont les talents – techniques et non-techniques – qui constituent la réelle difficulté, puisqu’ils sont recherchés internationalement, et non le capital.

« Davantage que le capital, ce sont les talents – techniques et non-techniques – qui constituent la réelle difficulté, puisqu’ils sont recherchés internationalement » B. Tijani

 

« À un certain stade, le jeu de séduction s’inverse : ça parait frustrant aux yeux des startups early-stage, mais on trouve à un certain niveau plus de dollars que de beaux projets disponibles ! » P. Fauvet

 

Accompagner les futurs champions africains sans horizon de sortie

Pierre FAUVET a pris la parole à son tour pour décrire le fonctionnement de Creadev, la structure d’investissement soutenue par la famille Mulliez et dont il est Directeur des Participations. Il s’agit ici d’accompagner des entreprises sur le long terme, pour qu’elles deviennent des champions panafricains, via des tickets de 1 à 10 millions €. Creadev aime nouer des relations tôt dans la vie d’une société, pour éventuellement y investir ensuite, sans horizon de sortie. L’accompagnement proposé n’est pas que capitalistique, et associe de l’accompagnement pour croître son revenu, pour traiter des problématiques RH. Selon Pierre, on trouve à un certain niveau plus de dollars que de beaux projets disponibles : le jeu de séduction est alors complètement inversé et c’est aux investisseurs de montrer la valeur ajoutée de leur accompagnement. Si la cible du groupe est, à l’instar de GreenTec, les sociétés post-revenus, elle considère pour sa part ce statut acquis une fois la preuve de concept établie, avec près d’1 million de $ de chiffre d’affaire et un engin de croissance. Leurs sujets d’expertise sont l’éducation, la santé, l’agriculture et l’agroalimentaire.

 

 

 

« La création de la division Venture Capital chez Proparco en 2018 a été un saut dans l’inconnu, un changement de mentalité pour accepter prendre beaucoup plus de risque sur nos investissements » J. Choux

 

 

 

 

Investir à partir des Séries A, pour soutenir une vision cohérente

La plénière a été conclue par la présentation de la division Venture Capital de Proparco, dirigée par Johann CHOUX. Créée en 2018, cette dernière débute à partir des Séries A (des sociétés qui ont déjà levé des fonds et qui réalisent près de 400 000€ de chiffre d’affaire). Elle évolue sur des secteurs similaires à ceux de Creadev (santé, éducation, agriculture), avec également l’inclusion financière, et recherche des sociétés disposant d’une bonne traction et d’une vision cohérente, avec un business plan solide et réaliste. Johann précise : nous ne sommes pas un Fonds d’investissement, et pouvons donc rester un peu plus longtemps au capital d’une société, mais il faut conserver à l’esprit qu’à un moment, nous récupérons notre mise car nous n’avons pas vocation à racheter cette société. Ils sont à la recherche d’une vision cohérente : une startup va passer en très peu de temps de près de 10 employés à plus de 100, et si elle n’est pas capable de faire adhérer à sa vision et ses projets tous ses futurs employés, il y aura un problème. Ils investissent également dans des fonds, car il y a encore besoin de beaucoup de capital en Afrique, quand peu d’investisseurs privés sont là pour investir dans ces fonds. Contrairement aux États-Unis et à l’Europe, on constate en Afrique que les DFI participent au moins à 50% des tours de table des fonds : elles ont donc vraiment un rôle à jouer. Proparco investit ainsi quand ces derniers sont à même d’apporter davantage de valeur ajoutée aux entreprises que Proparco ne le ferait avec ses équipes en direct.

 

Synthèse

Chaque acteur financier a donc ses particularités, depuis le CcHub qui insiste pour pouvoir intervenir à un stade très early-stage sur le réseau et la mise en réseau à GreenTech, qui propose une approche très active d’expertise et de renforcement des process des entreprises accompagnées. Ce dernier, comme Creadev, investit dans des startups post-revenu, bien que le concept signifie pour lui avoir déjà vendu, avec une base de donnée clients démontrable tandis que le second le place au-delà du million $ de chiffre d’affaire. La durée de l’investissement varie également selon les acteurs, avec Proparco en institution de long-terme, même s’il faut garder à l’esprit pour les startups que la vocation d’un investisseur est de récupérer ses fonds.

À retenir

GREENTEC CAPITAL S’ADRESSE AUX STARTUPS SITUÉES DANS LA VALLÉE DE LA MORT

LE CCHUB CHERCHE À CONSTRUIRE UN ÉCOSYSTÈME SOLIDE, EN VISANT DES SOLUTIONS SOCIALES AVANT DES PRODUITS RENTABLES

CREADEV INTERVIENT SUR DES TICKETS DE 1 À 10€ M, SANS HORIZON DE SORTIE

PROPARCO INTERVIENT MAINTENANT DÈS LA SÉRIE A, AVEC DES ENTREPRISES AU REVENU PROCHE DE 400 000 €

AU-DELÀ DE L’ARGENT, LES TALENTS, LEUR IDENTIFICATION ET LEUR RÉTENTION SONT UN SUJET CENTRAL

UNE FOIS PASSÉES CERTAINES ÉTAPES, LES STARTUPS QUI ONT REUSSI RENVERSENT LE RAPPORT DE FORCE AVEC LES INVESTISSEURS


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