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L’Afrique, continent de l’entrepreneuriat féminin

01
Déc 2018

Plénière 4 du 20 novembre 2018 –  Modération par Isadora Bigourdan et Zolika Bouabdallah de l’Agence Française de Développement – Palais du Pharo  – Emerging Valley

➢     Buljo Merete, CEO de Digital Ladies (France)

➢     Aissata Diakité, Fondatrice de Zabbaan (Mali)

➢     Alisée de Tonnac, CEO de Seedstars (Suisse)

➢     Yemisi Mokuolu, Fondatrice de Hatch Africa (Nigeria)

➢     Amel Saidane, Présidente de Tunisian Startups (Tunisie)

➢     Emmanuel Noutary, Délégué Général d’Anima (France)

➢     Jacques Dasnoy, Responsable Communications à INCO (France)

==> RETROUVEZ LE REPLAY VIDEO DE LA PLENIERE EN BAS DE L’ARTICLE <==

Introduction de l’AFD

Avant de commencer, Isadora Bigourdan et Zolikah Bouabdallah revenait sur plusieurs chiffres et éléments clés liés à l’entrepreneuriat des femmes en Afrique provenant d’une étude du Cabinet Roland Berger : le plus fort taux d’entrepreneuriat féminin du monde avec 24% des entreprises créées par des femmes contre 6% en Europe, une valeur ajoutée de 150-200 milliards de dollars, soit 7% du PIB du continent, de nombreuses études qui prouvent que les femmes ont un meilleur taux de retour sur investissement et une meilleure efficacité opérationnelle …Et pourtant de nombreuses barrières dans les écosystèmes et mentalités empêchent encore de nombreuses femmes entrepreneures de passer à l’échelle et de lever des fonds. 30% d’entre elles abandonnent leur projet de création d’entreprises, faute de financements.

Entrepreneuriat féminin : constats, freins et bonnes pratiques

Le problème du financement et des mentalités : regard sur les spécificités tunisiennes et africaines

“Il faut sensibiliser les investisseurs et notamment leur expliquer qu’avoir des femmes dans une équipe apporte systématiquement un impact positif sur la profitabilité du business.”

Amel Saidane, présidente du réseau Tunisian Startups qui compte aujourd’hui 10 à 15% de femmes entrepreneures s’interrogeait sur l’écart entre le grand nombre de femmes ingénieures diplômées à la sortie de l’université et le nombre restreint d’entre elles qui sont ensuite sur le marché du travail. Là où l’Europe souffre de pénuries de femmes dans le secteur de la tech, ces dernières sont pourtant légion en Tunisie. Elle relevait également le problème majeur du financement avec des startups dirigées par des femmes levant deux fois moins de fonds que celles dirigées par des hommes. Elle apportait plusieurs explications à ces disparités : des solutions innovantes pour des problèmes non compris par les hommes qui représentent 90% des investisseurs, un manque d’agressivité de la part des femmes, ou encore parfois une tendance sexiste des investisseurs à chercher des futurs licornes chez les entrepreneurs hommes au détriment des business solides aux projections réalistes présentées par des femmes.

 

 

“Il faut que sur le continent que les hommes arrivent à voir les femmes autrement que la femme au foyer ou la femme soumise. “

Aissata Diakité, fondatrice de l’entreprise agroalimentaire Zabbaan, expliquait qu’elle était toujours considérée comme une “petite fille”, une “jeune”, ou une “femme” alors qu’elle est aujourd’hui à la tête d’une entreprise employant 65 personnes et travaillant avec plus de 5000 exploitants agricoles. Elle revenait sur sa difficulté à trouver des fonds aux débuts de son entreprise face à la frilosité des banques qui demandaient davantage de garanties à une femme. Bien décidée à changer la donne, Aissata Diakité affirmait son intention dans les prochaines années de renforcer la chaîne de valeur de Zabbaan en valorisant la formation et l’autonomisation des femmes. L’entreprise qui a formé et équipé 8000 femmes jusqu’à aujourd’hui, entend impacter 20 000 femmes d’ici 2020. Elle concluait sur son optimisme pour les années à venir et sa conviction de voir émerger de beaux projets portés par des femmes.

 

 

Les femmes et le secteur de la tech : le manque de diversité en Europe

“Nous vivons une 4ème révolution industrielle. Il faut que les femmes participent à créer le monde de demain et tirent les bénéfices des technologies pour créer un monde meilleur.”

Merete Buljo revenait sur l’ambition de Digital Ladies d’accroître la visibilité des femmes dans la tech suite au constat qu’elles étaient de moins en moins nombreuses à s’orienter vers ce secteur. Elle annonçait la remise au gouvernement en janvier d’un livre blanc, co-écrit par 280 personnes, destiné à devenir force de proposition sur plusieurs axes liés à l’accroissement de la diversité dans la tech : éducation, formation continue, visibilité, attractivité du secteur etc.

Témoignages et initiatives de structures internationales et méditerranéenne d’accompagnement et de conseil

“Il faut payer les coûts de départ, pour s’assurer que vous avez les bons mécanismes de sélection et de rétention, que vous avez ce talent à son plus haut potentiel pour l’amener aux plus hautes performances. “

Alisée de Tonnac est la CEO de Seedstars qui promeut, éduque et investit dans les startups des économies émergentes. Elle rapporte que 9% des candidatures sont féminines en général, avec un taux qui s’élève à 12% en Afrique sub-saharienne et à 16% dans la région MENA. Face à ces chiffres critiques, Seedstars met en place des solutions qui se veulent concrètes et “gagnantes à court-terme”, à toutes les étapes des processus internes :

  • Dans l’identification des talents : comment utiliser des canaux qui ne soient pas biaisés ?
  • Dans la formulation des offres : quels mots et outils utiliser dans les descriptifs d’emploi ?
  • Dans la rétention des talents : comment éduquer les équipes et les managers vers la prise de conscience de ces différences et mettre en oeuvre des solutions qui garantissent un traitement équitable et juste de tous les employé.e.s ?

Alisée de Tonnac terminait sur la nécessité de garder un écosystème ouvert et transparent fondé sur le dialogue continuel.

“Ce qu’Anima est aujourd’hui c’est grace aux femmes qu’elle le doit, notamment à celles qui l’ont fondé et celles qui y ont travaillé. “

Emmanuel Noutary, délégué général d’Anima, revenait sur la fondation d’Anima,  créée entièrement par des femmes, et organisation aujourd’hui constituée de ⅔ de femmes. Dans le cadre de leur programme d’accompagnement de l’innovation en Méditerranée, The Next Society, il admettait devoir adopter une politique de discrimination positive avec l’ambition d’accompagner 30% de femmes entrepreneures, là où ils ne reçoivent aujourd’hui que 15% de candidatures féminines. Il s’interrogeait également à l’échelle européenne sur le fossé entre le taux de micro-entrepreneures de 40% et celui réduit de 6-10% d’entrepreneures incubées, invitant à redoubler d’efforts collectivement sur la question du passage à l’échelle des projets portés par des femmes.

“En tant que femme entrepreneure, j’ai dû franchir tellement d’obstacles. Valorisons les espaces qu’occupent les femmes et montrons que nous le valorisons, à travers nos actes.”

Yemisi Mokuolu, fondatrice de Hatch, expliquait que la présence de puissantes femmes dirigeantes au sein des industries culturelles et créatives avait permis d’influencer l’ensemble du secteur et amener les femmes à créer un environnement de travail plus équitable dans la mode par exemple. En réponse aux nombreuses barrières qu’elle a elle-même rencontrées en tant que femme, elle a créé cette agence avec la volonté de promouvoir un écosystème plus inclusif et ouvert à la diversité. Elle s’engage ainsi dans des actions de mentorat, d’entraînement au leadership, de soutien technique et divers programmes d’éducation destinés aux femmes. Elle louait notamment le programme Ayadalab auquel elle apporte son soutien et qui compte 60% de femmes entrepreneures : un exemple selon elle de l’importance de valoriser l’impact des femmes et de créer un environnement propice au développement de ces dernières dans la tech, le digital ou dans les industries créatives.

Conclusion d’INCO

“Le continent africain est une terre d’entrepreneuriat en général, et d’entrepreneuriat féminin. Avec la tech d’un côté, et les femmes de l’autre, le continent a le cocktail idéal pour de très belles réussites”

Jacques Dasnoy présentait rapidement INCO, entreprise française qui investit 200 millions d’euros dans les entreprises à impact, accompagnent les startups dans 28 pays et forment des publics fragiles et isolés aux métiers de demain.  Il dressait les grandes lignes de l’entrepreneuriat féminin en Afrique avec 25% des femmes en âge de travailler qui entreprennent, 50% qui pensent créer leur entreprise dans les 5 ans à venir dans un contexte où l’entrepreneuriat est substantiel et davantage une alternative à un marché de l’emploi peu développé qu’un réel choix. Il défendait ainsi l’importance de faire émerger des rôles modèles et de valoriser les réussites de femmes entrepreneures afin de contrebalancer leur tendance naturelle à l’auto-censure. Il affirmait, en partenariat avec l’AFD, promouvoir l’entrepreneuriat auprès des femmes comme voie d’émancipation pour elles-mêmes et leur communauté, et soutenir des initiatives entrepreneuriales portées par et pour les femmes, à travers le concours AFD Digital Challenge 2018 notamment.

Synthèse

L’Afrique est un véritable continent de l’entrepreneuriat féminin. Avec 24% des entreprises créées par des femmes contre 6% en Europe, il présente le plus fort taux d’entrepreneuriat féminin du monde. L’entrepreneuriat apparaît pour les femmes comme une alternative à un marché de l’emploi peu développé, 50% d’entre elles en âge de travailler pensent créer leur entreprise dans les 5 ans à venir. Pour celles qui se sont déjà lancées, elles ont apporté une valeur ajoutée de 150 à 200 milliards de dollars en 2016 et ont prouvé leur efficacité opérationnelle. Pourtant elles rencontrent aujourd’hui de nombreux freins, notamment un manque de financement qui pousse 30% d’entre elles à abandonner. Les dynamiques sont les mêmes à l’échelle européenne où seulement 6 à 10% d’entrepreneures femmes sont incubées et où les candidatures de femmes se font rares. A l’origine de ces disparités, les biais sexistes des investisseurs et des banques, une difficulté pour les femmes à se conformer à l’environnement très masculin des startups ou encore une autocensure de ces dernières. Face à ces nombreux freins, de nombreuses bonnes pratiques ont émergé du panel telles que le renforcement de l’inclusivité et de la diversité sur l’ensemble des processus de recrutement internes et de sélection des projets, des politiques de discrimination positive à l’entrée, des programmes d’accompagnement spécifiques pour les femmes, des actions de sensibilisation auprès des investisseurs, une autonomisation et formation des femmes sur toute la chaîne de valeur ou encore la valorisation de rôles modèles.

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