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Financement : l’émergence des investisseurs africains

01
Déc 2018

Plénière 2  du 20 novembre 2018 –  Modération par Jeremy Hajdenberg d’Investisseurs&Partenaires – Palais du Pharo  – Emerging Valley

➢     Mbwana Alliy, Co-fondateur de Savannah Fund (Kenya)

➢     Kenza Lahlou, Co-fondatrice d’Outlierz Ventures (Maroc)

➢     Grégoire de Padirac, Chargé d’affaires d’Orange Digital Ventures (Sénégal)

➢     Yves Delafon, Président d’Africalink et Administrateur de la BCI (France-Mauritanie)

➢     Olivier Furdelle, Co-fondateur de Teranga Capital (Sénégal)

➢     Thameur Hemdane, Fondateur d’Afriqwity (Tunisie)

➢     Ben Marrel, Associé fondateur de Breega Capital (France)

Spécificités de l’entrepreneuriat en Afrique

Kenza Lahlou est la cofondatrice d’Outlierz Ventures, VC panafricain basé au Maroc qui investit au stade Seed et pré Serie A dans des startups tech qui ont l’ambition de résoudre des problèmes majeurs dans des industries clés telles que la fintech, l’agritech, la logistique. Elle note trois spécificités des startups africaines :

  • Des solutions “must have” et non “nice to have” à des problématiques clés
  • Un business model B2B orienté “mass market” dans un marché africain fragmenté avec un faible pouvoir d’achat
  • Une approche régionale voire continentale, mais non nationale.

Accélérateurs et freins à l’investissement en Afrique

Olivier Furdelle, co-fondateur de la société d’investissement Teranga Capital, dédiée au financement et à l’accompagnement des PME et startups tech et non tech au Sénégal, déclarait que l’accès au financement était difficile pour les startups tech mais l’était encore davantage pour les secteurs traditionnels (agriculture, santé, alimentation etc.). Selon lui, cette frilosité s’explique par deux raisons majeures. Une raison économique premièrement : ces secteurs non technologiques sont considérés comme risqués, moins rentables et exigeant un accompagnement plus important. Deuxièmement, les investisseurs sont souvent confrontés à un manque d’”investment readiness” dans ces secteurs. Ces projets révèlent ainsi souvent un manque de maturation et une absence d’informations et d’analyse du marché, de la gestion etc.

Face à ces freins, Olivier Furdelle insistait ainsi sur la nécessité, d’une part, de trouver des investisseurs “militants” prêts à faire les compromis nécessaires à l’investissement d’impact, et d’autre part, d’accompagner les startups dans la préparation à l’investissement.

 

“L’ensemble des fonds gérés dans le monde représentent 100 000 milliards de dollars, les besoins des entrepreneurs africains représentent 350 milliards de dollars, soit 0,33% des fonds gérés dans le monde.”

Parmi les freins à l’investissement, Yves Delafon, en tant qu’administrateur de la Banque BCI, s’attardait sur le rôle des banques en Afrique et regrettait leur positionnement face aux startups. Il indiquait ainsi que la BCI ne finançait pas les PME pour plusieurs raisons : risque trop élevé, insuffisance des fonds, manque de fiabilité de l’environnement, absence de garanties, absence d’informations de classification etc. Alors que 80% des PME africaines n’ont pas accès aux crédits bancaires, il alertait sur ce “trou majeur dans la raquette” des financements entre le “love money” et les tickets de deux millions des bailleurs de fonds et institutions financières.

Mbwana Alliy, co-fondateur de Savannah Fund, opère dans six pays qui ont une excellente réputation et sont considérés comme des modèles d’investissement. Il relevait quant à lui différents éléments qui faciliteraient la levée de fonds et l’investissement dans un pays africain : le choix de thématiques pertinentes, telles que la monnaie électronique qui a été décisive au Kenya, la création d’un écosystème d’innovation, ainsi que la présence de multinationales comme potentiels partenaires stratégiques. Il invitait également les investisseurs à oser des pays qui paraissaient difficiles d’accès mais qui présentaient pourtant de forts potentiels comme le Zimbabwe selon lui.

Similitudes et opportunités d’investissement en Europe et en Afrique

Ben Marrel intervenait au nom de Breega Capital, fonds d’investissement qui gère 200 millions de dollars et revendique sa capacité à soutenir les entrepreneurs grâce à une équipe elle-même entièrement composée  d’entrepreneurs. Selon lui, les écosystèmes européens et africains présentent de fortes similitudes, qui ont d’ailleurs poussé ce fonds d’investissement non africain à être présent en Afrique. Il notait ainsi par exemple la diversité des pays et des cultures africaines qui rappellait celle des pays européens. Cette multitude de pays invite, selon lui, à préférer la création d’entreprises de proximité et de localité, qu’elles soient opérationnelles, logistiques ou de paiement. Il pense par ailleurs que l’Europe et l’Afrique doivent se projeter sur un modèle d’investissement réussi dans lequel il est nécessaire de penser à l’entièreté de l’écosystème et aux stratégies de sortie des investisseurs. Là où les sorties restent difficiles en Europe, le continent africain, abrite, lui, des géants qui pourraient constituer de potentiels acquéreurs.

 

Créer des liens autour du financement entre l’Europe et l’Afrique : l’exemple d’Africalink et d’Afriqwity

Yves Delafon revenait sur Africalink, réseau créé par l’association de 64 PMEs et répondant à trois convictions profondes : celle que l’Afrique est le prochain moteur de la croissance mondiale, que les Européens et Africains ont un passé partagé mais également un avenir commun, et que l’entrepreneur.e en Afrique est le “sel de la terre”, soit qu’il permettra un développement pérenne et durable du continent. Véritable illustration d’un pont entre les deux continents, la réussite de ce réseau s’organise autour de la volonté de créer des entreprises rentables et d’accompagner des partenariats entre entreprises du Sud et du Nord.

 

Autre approche permettant de nouer des liens entre entrepreneurs africains et européens :  Afriqwity, plateforme digitale permettant à des investisseurs résidant en France et notamment ceux de la diaspora, d’investir en capital dans des startups et PMEs qui se développent en Afrique. Thameur Hemdane revenait sur les deux enjeux majeurs de ce projet :

  • Identifier les startups et entreprises en prenant en compte l’”investment readyness”, l’envergure et l’ambition des projets, sans compter la prise en compte des problématiques liées à l’investissement transfrontalier de l’Afrique vers l’Europe
  • Mobiliser les investisseurs de la diaspora, qui représente par ailleurs un potentiel d’investissement inégalé : La diaspora africain compte actuellement 30 millions de membres dans le monde et transfère plus de 60 milliards de dollars par an, soit trois fois le montant de l’aide publique au développement. Elle dispose de 50 milliards de dollars d’épargne dans son pays d’accueil et 80% de ses membres cherchent des opportunités d’investissement dans son pays d’origine.

L’objectif d’Afriqwity est ainsi d’encourager la mobilisation d’une partie de cette épargne vers des opportunités d’investissement (startups, PME). Thameur Hemdane défendait également l’idée d’une Afrique qui doit “financer elle-même” ses entreprises avec la mobilisation de l’épargne locale. Il a ainsi organisé un forum à Dakar afin de promouvoir les bonnes pratiques et discuter de la réglementation liée à l’épargne locale, et encourager son utilisation au-delà des ressources financières habituelles de développement.

Les grands groupes, catalyseurs du financement des startups en Afrique : l’exemple d’Orange

“L’Afrique est une immense opportunité pour les entrepreneurs et les investisseurs. Ce serait un gâchis que l’opérateur garde ses atouts pour lui. C’est un enjeu énorme pour les startups de s’appuyer sur ces ressources pour scaler.”

Grégoire de Padirac présentait Orange Digital Ventures,  fonds d’investissement de 50 millions d’euros dédiés aux projets africains de série A et B. Il expliquait leur ambition d’être connecté aux “futurs champions panafricains”  et d’apporter aux startups, en tant qu’opérateur télécom,toutes les capacités pour scaler sur le continent : l’accès aux clients, à leurs technologies, à leurs réseaux de distribution, leurs solutions de paiement, leur data et autres atouts. Ainsi, selon lui, tel est le rôle spécifique d’un grand groupe présent en Afrique : pouvoir être utile au continent et créer des partenariats mutuellement bénéfiques.

Synthèse

Petit à petit, la communauté internationale prend conscience du rôle majeur que l’entrepreneuriat peut jouer dans le développement de l’Afrique ainsi que des opportunités d’investissement qui en résultent. Un entrepreneuriat dont le succès repose sur des “must have” solutions adressées en B2B à un marché de masse régional voire continental. Malgré l’émergence des investisseurs en Afrique, les besoins en financement des startups africaines (qui représentent 0,33% des fonds gérés dans le monde) restent insuffisamment comblés face à une certaine frilosité des investisseurs et des banques tournés vers un objectif de rentabilité, d’un côté, et le manque de préparation à l’investissement des startups elles-mêmes, de l’autre. Face à ces obstacles, il sera nécessaire de promouvoir un investissement d’impact plus “militant”, plus audacieux dans le choix des pays cibles, et également plus adapté aux réalités du marché, avec des tickets d’investissement aux montants progressifs. De plus, les entrepreneurs africains sont invités à mobiliser davantage la diaspora (qui dispose de 50 milliards de dollars dans son pays d’accueil) et l’épargne locale afin de développer leur projet , et à s’appuyer sur des partenariats avec des grands groupes installés sur le continent pour permettre leur passage à l’échelle. Enfin, ils sont vivement encouragés à nouer des liens avec des acteurs européens du financement et des réseaux méditerranéens pour l’entrepreneuriat et l’innovation.

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