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L’émergence des “SciencePreneurs” entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique – En partenariat avec l’IRD

23
Mar 2020

Chercheurs et entrepreneurs, nouveaux partenaires au service du bien commun entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique ?

 

 

5 Décembre – Jour 2 – Plénière 2 – Auditorium, thecamp 10h10 – 11h20

Modération par Frédéric MAURY – Journaliste Économique à Jeune Afrique

 

Panelists :

  • Yahouza SADISSOU– Ministre de la Recherche et de l’Innovation – Niger
  • Maria Cristina RUSSO– Directrice des Relations Internationales de la DG Recherche – Commission Européenne
  • Elisabeth BARBIER – Directrice Général Déléguée de l’Institut pour la Recherche et le Développement – France
  • Hambani MASHELENI – Head of the Division for Science and Technology of the African Union – Éthiopie
  • Youssef TRAVALY – Vice-Président du Next Einstein Forum et Président de AIMS – Sénégal

Mise en contexte

Depuis 2010 et la création du X-Lab de Google, l’association entre chercheurs et entrepreneurs est davantage associée à l’hubris des GAFA et au recul des modèles sociaux qu’à la quête du bien commun. Pourtant, un modèle différent est en train de voir le jour entre les deux rives de la Méditerranée, qui cherche à promouvoir des débouchés commerciaux aux innovations scientifiques décorrélés des empires industriels et tournés vers le progrès social. Rapprocher univers scientifique et entrepreneurial implique une acculturation progressive des chercheurs, qui se distille dès les bancs de l’école en encourageant l’interdisciplinarité, et par l’accompagnement ciblé des politiques publiques pour débloquer l’accès au marché des « deep-tech ». Ces dernières auraient levé 18 milliards $ en 2018, accusant une croissance de 22% sur 5 ans, selon le rapport de Hello Tomorrow et du BCG. Ces start-ups reposant sur des évolutions scientifiques fleurissent peu à peu au cœur des écosystèmes numériques d’Europe et d’Afrique, qui proposent des implants sur la colonne vertébrale capable de faire remarcher des paralysés, des matériaux innovants à même de limiter la propagation des maladies dans les bidonvilles, ou encore des batteries à compression d’air pour stocker l’énergie renouvelable sans polluer. Qu’elles soient issues de scientifiques devenus startupper, de coopération entre chercheurs et entrepreneurs ou de jeunes pousses formées aux contenus scientifiques, ces innovations révolutionnent la lutte contre le changement climatique, les maladies ou la malnutrition. A l’heure des fake news et de courants politiques qui réfutent la science, c’est à celle-ci de retourner la dynamique et de prendre sa part dans les évolutions sociales de demain, pour trouver les solutions aux grands enjeux d’aujourd’hui. Aux politiques publiques, centres de recherche et universitaires d’Europe, de Méditerranée et d’Afrique, de trouver ensemble les solutions pour accompagner et démultiplier la naissance de générations de SciencePreneurs engagés vers le progrès.

Prises de parole

Soutien public à la Recherche et création de Centres d’Excellence dans les Universités

C’est le Ministre de la Recherche et de l’Innovation du Niger, Yahouza SADISSOU, qui a ouvert cette plénière en détaillant le Programme public de soutien à la Recherche mis en œuvre par son pays. Ce dernier s’appuie sur un premier pilier financier et technique d’1,5 milliard de FCFA (près de 2 M €) pour soutenir la recherche et l’innovation. Son département émet ainsi beaucoup d’appels à candidatures pour sélectionner et appuyer des chercheurs et innovateurs. Le second pilier correspond à la réforme des curricula de leur enseignement supérieur, au sein duquel sont étudiés la création d’un CNRS pour mieux coordonner, valoriser et diffuser la recherche, ainsi que la création de centres d’excellence qui seraient adossés à des facultés. L’un d’entre eux sera ainsi hébergé à la Faculté d’agronomie, pour la production de produits pastoraux.

« Nous sommes convaincus que la Recherche et l’Innovation sont le moteur du développement, et nous souhaitons mettre davantage l’accent sur la formation professionnelle et technique " Y. Sadissou

 

 

Échanger, se rencontrer et soutenir au sein du nouveau Partenariat UE-Afrique Innovation

Poursuivant le débat, la Directrice des Relations Internationales de la DG Recherche (Commission Européenne), Maria Cristina RUSSO – a fait le lien avec le Ministre SADISSOU, en précisant que c’était au Niger qu’était né le Partenariat UE-Afrique en matière de Recherche. Elle souligne le fait que la Recherche est le 3thbudget de la Commission, qui pilote ainsi le plus grand programme de recherche au monde : Horizon Europe, qui est ouvert à tous les pays du monde, dont les pays africains. L’UE a de très nombreux partenariats, dont un avec l’Union Africaine qui mettait l’accent sur le développement économique et contenait peu en matière d’innovation jusqu’alors, d’où la décision de lancer le Partenariat UE-Afrique Innovation. Celui-ci contient trois composantes : l’échange de technologie, la sensibilisation aux programmes de soutien à l’innovation existants et accessibles aux pays du Continent, et la rencontre entre les écosystèmes UE-Afrique, qui a vu la signature de 10 MoU, avec 4 partenariats à l’étude.

L’Union européenne travaille également à la compétitivité de son modèle d’après Mme. RUSSO, qui est très en avance sur la recherche mais moins performant dans la transformation en produit : c’est le cœur du nouveau programme Horizon Europe, avec la création notamment d’un Conseil européen de l’innovation. De nombreux partenariats internationaux y sont prévus, et cela inclue naturellement l’Afrique.

 

 

 

 

« la Recherche est le 3th budget de l’UE avec « Horizon Europe » :

le plus grand programme de recherche au Monde, ouvert à tous et notamment aux pays africains " M.C Russo

 

 

 

Penser une vision africaine de la création et de la valorisation des savoirs

Youssef TRAVALY – Vice-Président du Next Einstein Forum et Président de AIMS Sénégal, a ensuite présenté sa vision des SciencesPreneurs en Afrique, dont les deux points cruciaux reposent sur la création de savoir et la valorisation des savoirs. Selon M. TRAVALY, il manque au premier pilier une vision en Afrique : là où on a des programmes très structurés en Europe, l’Afrique n’a pas donné d’orientations claires sur les enjeux sociétaux qu’elle veut résoudre. Sur le 2d pilier, il propose une approche hybride, plus proche des modèles asiatiques avec un cadre juridique souple, qui empêche que des produits développés ici d’être valorisés en Chine ou aux États-Unis comme ça a pu être le cas en Europe. À ses yeux, l’Afrique doit penser son modèle de définition et de financement de la Recherche, pour entrer de manière bien plus informée dans des partenariats. Un exemple à suivre selon lui est Zipline : une techno pensée aux États-Unis, mais développée au Rwanda en Partenariat Public Privé, et ensuite exportée dans d’autres pays africains.

« En matière de création de savoirs, l’Afrique a des programmes de recherche, mais n’a pas donné d’orientations claires sur les enjeux sociétaux qu’elle veut résoudre : il lui faut une vision " Y. Travaly

 

 

Renforcer les capacités pour créer un mouvement panafricain de recherche

Pour sa part, le Directeur de la Division Science et Technologie de l’ Union Africaine, Hambani MASHELENI, estime que le problème réel est la collaboration scientifique panafricaine, qu’il faut chercher à promouvoir. La vision, elle, a selon lui été définie dans l’Agenda 2063 rédigé par l’Union africaine. Aujourd’hui, les coopérations sont entre l’Afrique et d’autres continents : il faut réfléchir à la manière de créer un mouvement panafricain, et M. MASHELENI précise que se tiendra dès Décembre 2019 une conférence interministérielle africaine pour la Science, la technologie, l’innovation et l’éducation. Pour cela, il faut renforcer les capacités, en matière de chercheurs comme de financements, puisque c’est là que se situent à ses yeux les barrières : il faut créer des mécanismes des incitations aux chercheurs.

 

 

 

 

« Le problème réel se situe au niveau de la collaboration scientifique panafricaine, puisqu’aujourd’hui les coopérations sont faites entre l’Afrique et d’autres continents : il faut réfléchir à la manière de créer un mouvement panafricain " H. Masheleni

 

 

 

 

Rapprocher la recherche des citoyens : Bond’Innov et le réseau des Fablabs

Elisabeth BARBIER a poursuivi la discussion en présentant les actions de l’Institut pour la Recherche et le Développement, dont elle est Directrice Général Déléguée : avec un champ d’activité réparti sur plus de 30 pays du Sud, l’IRD travaille au renforcement des capacités dans l’Enseignement supérieur et la recherche, avec inscrit dans son ADN une recherche en partenariat équitable avec les pays du Sud. Le fil rouge de leurs activités sont les Objectifs de Développement Durable, en cherchant à rapprocher la recherche des citoyens : ils ont ainsi cofondé Bond’Innov et mis en place un FabLab, qui a essaimé avec un campus au Burkina Faso – La Ruche et peut-être bientôt un au Sénégal. Selon Mme. BARBIER, l’ouverture du chercheur à la société et la vulgarisation de sa recherche sont très importants, même si tous les chercheurs n’ont pas vocation à devenir entrepreneurs. Concernant la problématique de brain-drain, il est important à ses yeux de collaborer avec l’Union Européenne pour développer des mécanismes à même de le contrer, et assurer un financement stable à la Recherche.

 

« L’ouverture du chercheur à la société et la vulgarisation de sa recherche sont très importants, même si, bien entendu, tous les chercheurs n’ont pas vocation à devenir entrepreneurs " E. Barbier

 

Focus : l’incubateur Bond’Innov

Bond’Innov est né de l’implication de divers acteurs publics, dont l’IRD, qui accueille l’incubateur sur son campus en région parisienne, à Bondy. La structure soutient l’entrepreneuriat responsable à impact, en lien avec les territoires émergents et tout particulièrement dans la promotion de l’innovation entre l’Europe et l’Afrique. Bond’Innov propose notamment des prêts d’honneur à taux zéro et sans garantie personnelle, qui sont un outil privilégié pour stimuler l’entrepreneuriat en Afrique.

Des pistes pour démultiplier le mouvement des SciencesPreneurs en Afrique

Youssef TRAVALY est convaincu qu’il faut que l’Afrique s’accorde sur les enjeux sociétaux à résoudre, et définisse le niveau de financement dont elle a besoin, qui doivent être alimentés par des Fonds de financement panafricains. Selon Hambani MASHELENI, c’est par la base qu’il faut débuter, en implantant cette notion de SciencesPreneurs dès le stade de la formation, pour inculquer aux étudiants les notions de business et faire passer les innovations de la vallée de la mort vers le marché. Une autre piste selon le Ministre SADISSOU est de promouvoir le dialogue chercheurs-entrepreneurs-industriels, sur lequel son pays travaille, notamment sur les questions agropastorales. Maria Cristina RUSSO conclue cette plénière en affirmant que la stratégie comme l’implémentation doivent être clairs : il est à ses yeux très important d’avoir une clarté sur les initiatives menées, et une forte synergie entre les différentes institutions.

« Il faut inculquer les notions de SciencesPreneurs et de business dès le stade de la formation, pour faire passer les innovations de la vallée de la mort vers le marché " H. Masheleni

 

Summary

La Recherche et l’innovation sont considérés comme le moteur du développement par les membres du panel, et doivent en tant que tel bénéficier de financements conséquents pour nourrir des programmes ambitieux et créer, valoriser et diffuser les savoirs dans les pôles développés comme au sein des pays les moins avancés. Si la coopération UE-Afrique se développe, il faut cependant encourager les coopérations panafricaines, sur un Continent qui manque encore d’une vision commune de ses objectifs en matière de recherche. Encourager l’émergence des Sciences-Preneurs s’organise dès la formation des chercheurs, et il convient d’ouvrir le chercheur à la société, notamment en favorisant le dialogue chercheurs-entrepreneurs-industriels.

À retenir

AU NIGER, LE PROGRAMME PUBLIC DE SOUTIEN À LA RECHERCHE EST DOTÉ D’UN PILIER FINANCIER DE PRES DE 2 M €, QUI TRAVAILLE NOTAMMENT À LA RÉFORME DES CURRICULA.

LA COMMISSION EUROPÉENNE PILOTE LE PLUS GRAND PROGRAMME DE RECHERCHE AU MONDE : « HORIZON EUROPE » QUI EST OUVERT A TOUS ET NOTAMMENT AUX PAYS AFRICAINS

LE NEXT EINSTEIN FORUM VISE À FAIRE DE L’AFRIQUE UN HUB SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE, POUR QUE LE PROCHAIN EINSTEIN SOIT AFRICAIN.

L’UNION AFRICAINE ENCOURAGE LA COLLABORATION SCIENTIFIQUE PANAFRICAINE, ET A ORGANISÉ FIN 2019 UNE CONFERENCE INTERMINISTERIELLE AFRICAINE POUR LA SCIENCE, LA TECHNOLOGIE, L’INNOVATION ET L’ÉDUCATION.

L’IRD TRAVAILLE AU RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE, EN PARTENARIAT ÉQUITABLE AVEC LES PAYS DU SUD.

Visionnez la plénière : L'émergence des SciencePreneurs Play Video


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