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“L’Afrique et la Méditerranée à l’heure de l’Agritech : vers une « Révolution verte » 2.0 ?” – Avec le Département des Bouches du Rhône –

“L’Afrique et la Méditerranée à l’heure de l’Agritech : vers une « Révolution verte » 2.0 ?” – Avec le Département des Bouches du Rhône –

11
Mar 2020

Mercredi 4 décembre – Jour 1 – Plénière 5 – Auditorium, thecamp – 15h50-17h00  Modération par Dominique Laresche – Rédactrice en chef, TV5MONDE.

 

Panelists :

  • Sarah TOUMI – Membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique et Marraine SIBC 2019 – Tunisie
  • Rafiq EL ALAMI– Head of Digital Learning & Digital 4 Research Labs, UM6P- OCP – Maroc
  • Sébastien DEPRADE – Cofondateur de VGD et Lauréat Smart Food Challenge – France
  • Krystel KHALIL – Programs Director de Berytech – Liban
  • Seynabou DIENG – Directrice Générale de MAYA – Mali

Mise en contexte

Un homme sur quatre sera africain en 2050, date à laquelle le Continent aura doublé sa population actuelle pour atteindre les 2,4 milliards d’habitants, sur une planète qui en comptera près de 10. Comment nourrir l’Afrique et comment nourrir le monde, en économisant les ressources tout en démultipliant la productivité, et à l’heure où les consommateurs exigent toujours plus de qualité et de proximité ? L’agriculture est vitale pour la Méditerranée comme pour l’Afrique, où elle représente en moyenne 30% du PIB selon la Banque mondiale. Pourtant, c’est encore la région du monde la plus touchée par les famines, et l’agriculture y est cinq à six fois moins productive que la moyenne mondiale selon la FAO. Mais le Continent dispose également d’atouts, avec 60% des terres arables inexploitées que compte encore le Globe et une population active largement engagée sur le secteur, à plus de 60% en moyenne selon la BAfD. La technologie doit aujourd’hui s’appuyer sur ces atouts pour insuffler une révolution verte portée par le digital. Sous la poussée combinée de la pénétration du smartphone et du développement des Fintech, l’accès au crédit des agriculteurs s’est peu à peu étendu, tandis que l’accès à la connaissance a été démultiplié par les services de conseil par sms, l’utilisation de drone pour connaitre l’état des sols ou celle des capteurs à même de révolutionner l’irrigation. De même, l’accès au marché s’organise avec la création de nombreuses plateformes de mise en relation entre offre et demande, ou de partage des équipements. La technologie doit aujourd’hui s’appuyer sur ces atouts, comme sur l’expérience industrielle riche et ancienne des pays de la Méditerranée en matière agricole, pour insuffler une révolution verte portée par le digital. Si les agricultures méditerranéenne et africaine sont structurellement très diverses, toutes sont confrontées aux enjeux de production, ainsi qu’au changement de comportement des consommateurs auquel s’ajoute celui du climat. Développer des solutions digitales agricoles efficaces ne pourra que contribuer à renforcer les rendements du secteur, tout en attirant les jeunes générations vers des métiers souvent délaissés au profit d’un exode urbain historique et massif.

Prises de parole

1. Quels apports, relations et solutions entre technologie et agriculture ?

 

Mettre les outils tech efficients – en coût et impact – au service des grands défis d’aujourd’hui

Sarah TOUMI, marraine du Social & Inclusive Business Camp de l’AFD et membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique a ouvert la plénière en posant le constat suivant : notre planète a des ressources limitées, et les choses ne vont pas en s’arrangeant, or, si nous rencontrons déjà des difficultés aujourd’hui, que dire pour 2050 ? C’est là selon elle que l’Agritech a un rôle à jouer, pour trouver les solutions efficientes – en coût et en impact : ces plateformes, objets connectés, drones ou satellites, comment les met-on à disposition pour répondre aux problématiques mondiales ? C’est ce que son organisme, Acacias for All, essaie de faire en plantant des arbres adaptés aux climats arides et tournés vers les filières agro-écologiques.

 

 

« Notre planète a des ressources limitées, et les choses ne vont pas en s’arrangeant : c’est là que l’Agritech a un rôle à jouer, pour trouver des solutions efficientes en coût et en impact " S.Toumi

 

 

 

 

Faire le pont entre agriculture locale et agro-industrie pour créer de la valeur ajoutée

Seynabou DIENG est Directrice Générale de MAYA, une société qui collecte légumes et épices auprès des petits producteurs pour les transformer en produits d’épicerie à destination du marché local et international. L’idée de Maya est partie de la déconnexion entre agriculture et agro-industrie : c’est selon sa fondatrice en reconnectant les deux secteurs et en transformant localement qu’on parvient au développement. Elle précise que l’agritech a beaucoup aidé au développement de son entreprise, qui n’aurait pas été possible il y a 20 ans puisque les réseaux sociaux lui ont permis d’acquérir ses premiers clients. Sur le segment de l’agriculture maraichère, sur lequel s’est positionné Maya, on compte 30 à 50% de perte post-récolte, phénomène qui a été encouragé par la politique agricole de soutien aux exploitations vivrières. Il y a donc énormément à faire puisqu’aujourd’hui selon S. DIENG, la valeur ajoutée vient de la transformation des produits locaux, notamment vers les marchés internationaux.

 

 

« L’agritech a beaucoup aidé au développement de Maya, qui n’aurait pas été possible il y a 20 ans puisque les réseaux sociaux nous ont permis d’acquérir nos premiers clients " S. Dieng

 

 

 

 

Créer un accélérateur dédié aux problématiques agroalimentaires

Un autre projet du secteur agro-alimentaire, cette fois-ci au Liban, est ensuite présenté par Krystel KHALIL, Directrice des programmes à Berytech : il s’agit d’une pépinière d’entreprise active depuis 2002, qui a accueilli en 2017 un accélérateur dédié au secteur de l’agro-industrie. Berytech traite ainsi des problématiques telles que la sécurité alimentaire ou l’énergie, via la technologie, tout en fournissant des bourses à certaines sociétés, associées à des programmes d’accompagnements, d’accès au marché et de mise en relation avec le réseau de la pépinière.

 

 

« L’objectif est de se servir des concepts de recherche pour que cela soit profitable aux fermiers comme aux startups " R. El Alami

 

 

 

 

 

Adapter la Recherche appliquée, pour trouver des solutions aux problèmes locaux

Au sein des Digital 4 Research Labs et du Programme IMPULSE de l’Université Mohamed VI Polytechnique et du Groupe OCP, c’est la Recherche qui est mise en avant, explique le Directeur Digital & Learning, Rafiq EL ALAMI. L’objectif est d’orienter la recherche appliquée pour trouver des solutions aux problèmes locaux, et de se servir de ces concepts de recherche pour que cela soit profitable aux fermiers comme aux startups. Ils cherchent notamment à assister au mieux les fermiers, pour les aider à prendre les meilleures décisions. À ses yeux, l’optimisation de la chaine de valeur est cruciale.

Focus : le Programme IMPULSE

IMPULSE est un programme d’accélération unique développé par l’Université Mohammed VI Polytechnique et soutenu par OCP Group et sa filiale OCP Africa. Il s’étend sur 12 semaines, dédiées aux startups innovantes dans les domaines Agritech, BioTech, Technologies Minières et Science des Matériaux et Nanotechnologies. IMPULSE a pour objectif d’accompagner la croissance rapide des startups et de nouer des liens avec OCP Group, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), MassChallenge et leurs écosystèmes.

 

« L’objectif de la société VGD, c’est de maximiser la croissance du végétal, afin de ne pas produire plus, mais mieux. " S. Deprade

 

Maximiser la croissance du végétal à l’aide de la lumière artificielle

Utiliser la tech au service de l’agriculture, c’est aussi le propos de Sébastien DEPRADE, Cofondateur de VGD et Lauréat Smart Food Challenge. En effet, le soleil couvre presque tous les besoins des plantes, mais certaines carences demeurent et c’est là que VGD vient agir avec sa solution de lumière artificielle, avec différentes compositions selon la topographie des lieux. L’objectif est de maximiser la croissance du végétal, afin de ne pas produire plus, mais mieux.

 

Focus : Le Smart Food Challenge

Porté par le Département des Bouches-du-Rhône dans le cadre du programme Marseille Provence Gastronomie 2019, le Smart Food Challenge est dédié aux startups et entreprises innovantes qui s’appuient sur les technologies et les usages du numérique pour contribuer au développement d’une agriculture, d’une viticulture, d’une alimentation et d’une consommation plus durables et intelligentes. Le concours donne accès à 3 mois de mentoring avec des experts métiers ou sectoriels, ainsi qu'à de nombreux prix sur-mesure.

2. Réconcilier le monde agricole traditionnel avec la modernité

 

Mobiliser différents acteurs et conclure des partenariats au sein des filières

L’introduction de la technologie dans les milieux traditionnels et conservateurs demande la mobilisation de différents acteurs, et Krystel KHALIL explique ainsi passer par les municipalités et les universités. Selon elle, il faut emmener les différents groupes à exprimer leurs problèmes en présence des innovateurs, pour pousser vers des solutions ayant un potentiel de développement. Les Startups Camp et les débats dans les universités sont ainsi très efficaces. Sarah TOUMI également voit la solution dans l’option multi-acteurs : c’est en s’appuyant sur des partenariats structurants au sein de la filière que l’on fera émerger des solutions, par exemple en assurant au cultivateur des contrats de production à long terme, en échange de davantage d’informations sur ses cultures. Les technologies qui permettent de récolter ces informations, tels que les capteurs, sont chères et c’est là que les partenaires ont un rôle à jouer, pour tirer les filières vers le haut. Selon Rafiq EL ALAMI, la composante humaine prend du temps, et il faut donc s’appuyer sur l’écosystème, et sur les coopératives notamment. Mais il faut également prendre conscience que le digital simplifie la vie du fermier, et que l’optimisation qu’il apporte est une opportunité de scalabilité.

 

 

« Il faut emmener les groupes à exprimer leurs problèmes en présence des innovateurs, pour pousser vers des solutions avec un potentiel de développement " K. Khalil

 

 

 

 

 

Rendre la technologie financièrement accessible aux agriculteurs

C’est sur le Retour sur investissement (ROI) qu’il faut jouer d’après Sébastien DEPRADE : puisqu’assurer la production demande de prendre un risque, on peut conditionner le ROI pour rendre la technologie accessible. Seynabou DIENG partage cet avis, en expliquant que le digital n’est pas la priorité de l’entrepreneur qui débute, qui a d’autres besoins et n’a parfois même pas accès à une connexion ni à l’électricité. Il faut selon elle prendre en compte le fait que la chaîne de valeur des agriculteurs est différente, et leur proposer des solutions qu’ils puissent payer. Sarah TOUMI confirme cette analyse, et l’agriculteur est selon elle le maillon faible de la chaîne, puisqu’il prend tous les risques sans que cela ne paie.

 

 

3. Quels modèles viser pour l’agriculture de demain sur le Continent ?

 

Viser une intensification raisonnée, en conservant l’agriculture familiale

Rafiq EL ALAMI observe que concernant l’usage des fertilisants, la moyenne est à 230 kg/hectare dans l’Union européenne, contre 10 à 30 kg/ha en Afrique. Donc il faut selon lui garder à l’esprit ce fossé, en visant une intensification raisonnée, un juste milieu.

 

« Il faut des petites entreprises qui puissent être proches des producteurs, pour travailler directement avec eux, et accepter de rester petit " S. Dieng

 

Selon Seynabou DIENG, il y a un problème d’inter-connectivité, puisque des matières premières aujourd’hui sont jetées. Il faut des petites entreprises qui puissent être proches des producteurs et accepter de travailler directement avec eux et de rester petit. En guise de conclusion, Sarah TOUMI renforce l’approche de la fondatrice de Maya, en expliquant qu’en Afrique, la surface agricole moyenne par activité est de 2 hectares. On peut rester sur de l’agriculture familial, et c’est selon elle un choix politique. Il faut créer à partir de ce que l’on a, et c’est là que l’Agritech devient clé, pour assurer la formation et soutenir le mouvement bottom-up des coopératives vers la Révolution verte.

Summary

L’agritech constitue une opportunité de trouver des solutions efficientes en coût et en impact pour les grands défis d’aujourd’hui. Pour les intervenants du panel, ces solutions seront majoritairement locales, en encourageant la recherche appliquée et la transformation sur place des produits. Ce sont également les acteurs locaux – coopératives, universités et municipalités – qui ont un rôle à jouer pour intégrer au mieux les nouvelles technologies dans le monde agricole, dont l’accessibilité doit encore être améliorée pour bénéficier aux petits producteurs. À l’avenir, le modèle agricole africain peut viser une intensification raisonnée, qui continue à intégrer l’agriculture familiale tout en bénéficiant des avancées de l’agritech.

À retenir

ACACIAS FOR ALL PLANTE DES ARBRES ADAPTÉS AUX CLIMATS ARIDES ET TOURNÉS VERS LES FILIÈRES AGRO-ÉCOLOGIQUES.

MAYA COLLECTE LES MATIÈRES PREMIÈRES AUPRÈS DES PETITS PRODUCTEURS POUR LES TRANSFORMER EN PRODUITS D’ÉPICERIE À DESTINATION DU MARCHÉ LOCAL ET INTERNATIONAL.

BERYTECH EST UNE PÉPINIÈRE D’ENTREPRISE ACTIVE DEPUIS 2002 ET QUI ACCUEILLE DEPUIS 2017 UN ACCÉLÉRATEUR DÉDIÉ AU SECTEUR DE L’AGRO-INDUSTRIE.

LE SMART FOOD CHALLENGE PERMET D’ACCOMPAGNER LES STARTUPS ENGAGÉES VERS UNE ALIMENTATION RESPONSABLE ET DURABLE POUR STRUCTURER LEUR PROJET, DOPER LEUR VISIBILITÉ ET ENCOURAGER LES BONNES PRATIQUES SUR L'AXE EUROPE-MED-AFRIQUE

LES DIGITAL 4 RESEARCH LABS ORIENTENT LA RECHERCHE APPLIQUÉE POUR TROUVER DES SOLUTIONS AUX PROBLEMES LOCAUX, AU SERVICE DES FERMIERS COMME DES STARTUPS.

VGD PROPOSE UNE SOLUTION DE LUMIÈRE ARTIFICIELLE, DESTINÉE À MAXIMISER LA CROISSANCE DU VÉGÉTAL, AFIN DE NE PAS PRODUIRE PLUS, MAIS MIEUX.

IMPULSE EST LE PROGRAMME D’ACCÉLÉRATION DE L’UM6P ET D’OCP GROUP : SUR 12 SEMAINES, DÉDIÉ AUX STARTUPS INNOVANTES DANS LES DOMAINES AGRITECH, BIOTECH, TECHNOLOGIES MINIÈRES ET SCIENCE DES MATÉRIAUX ET NANOTECHNOLOGIES.

Visionnez la plénière : L'Afrique et la Méditerranée à l'heure de l'Agritech Play Video


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